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01/02/2010
 
LA CHRONIQUE de Jean-Claude Julès : lundi 2 février 2010.
 
 

Ah, un peu de piment dans la campagne ! ça commençait à ronronner, tant il est vrai que, chez nous,  les saillies de Frêche font partie du quotidien et ne déchaînent plus grand monde.

Mais heureusement, pour le fun, il faut toujours compter sur le théâtre parisien, je veux dire, le théâtre politico-médiatique.

En rappelant cette règle plus valable que jamais : ce qui se passe, ce qui se dit ou ce qui s’écrit chez nous reste anecdotique, secondaire. Mais il suffit qu’un seul petit fait passe à la moulinette parisienne pour qu’il prenne soudain une ampleur insoupçonnée.

Ainsi en va t’il d’une petite phrase récente du grand Georges, reprise parait-il par l’Express, et voilà que le monde politique parisien se replonge dans l’émoi. Et que chacun y ajoute la sienne, de petite phrase, de manière à rappeler sa propre existence dans ce microcosme de la capitale, qui continue à se croire universel.

Les grands mots volent à nouveau, accusation d’antisémitisme, outrage aux valeurs de gauche, et pati et coufi !

Redescendons sur terre : à propos de Laurent Fabius, qui avait osé proférer quelque vacherie sur le grand Georges, celui-ci lui a poliment renvoyé l’ascenseur en disant que ce type « n’avait pas une tête très catholique ». En oubliant peut-être que Fabius est d’origine juive.

La phrase outrageante a été prononcée par Frêche le 22 décembre dernier. Comptez bien, ça fait plus d’un mois ! Entre temps, l’eau avait continué à couler sous les ponts, en Languedoc-Roussillon comme ailleurs.

Mais voilà : parce qu’elle est remontée par on ne sait quel canal jusqu’au lieu sacré de la politique française, parvenant ainsi aux oreilles des puissants, on découvre soudain toute l’horreur de la phrase. Et on déclenche un Xième plan d’excommunication et d’attaque contre l’hérétique languedocien, avec, excusez du peu, la maire de Montpellier pour mener la croisade. Symbole cruel ! Reste à savoir si Dieu reconnaîtra les siens.

Mon propos n’est pas ici de prendre le parti de Georges Frêche, ni à l’inverse, de hurler avec les loups, mais plus simplement, d’essayer de voir les choses le plus sereinement possible avec un regard languedocien.

Le président de région, longtemps maire de Montpellier, on le connaît depuis quelques décennies.

On sait que c’est une sorte de Gainsbourg de la politique : un talent incontestable, mais lourdement lesté par un goût incontrôlable pour la provocation, et le fort risque d’autodestruction qui  va avec.

Comme Frêche a le verbe haut, et préfère la langue de vipère à la langue de bois, c’est un atypique remarqué par tous. Qui dérange immensément. Qui, c’est indiscutable, prend un immense plaisir à rudoyer ceux qu’il n’aime pas, en perdant parfois tout sens de la finesse.

Qui, aussi, parce qu’il a une bonne intelligence politique, n’hésite pas à manier des techniques parfaitement populistes, tentant de discréditer la classe politique et se présentant comme un recours à cette classe politique défaillante et médiocre.

Alors, en campagne pour les régionales, chacune de ses saillies controversées est du pain béni pour ses adversaires, et on comprend qu’ils ne se privent pas de la brandir avec ostentation et d’en donner une interprétation destructrice pour l’homme à battre, qui devient l’homme à abattre.

Mais que le PS national ait besoin de ces petites phrases qui ont couvé sous la braise avant d’exploser littéralement lorsqu’elle atteignent la capitale pour régler ses comptes et gérer le parti, je trouve ça révélateur d’une incohérence et d’une faiblesse totalement incompréhensibles.

Ces éléphants, comme on disait à une certaine époque, croient-ils vraiment qu’ils vont ainsi affaiblir Georges Frêche ?

      


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